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  • florence Arrighi

Voyage autour d’un point


Utopie voyageuse

eloge de l’autonomadie

de Franck Michel


J’ai entrepris la lecture de cet ouvrage .

Le petit village de Nonza vit de plus en plus au fil du temps au rythme des flux touristiques.

J’ai mis un certains temps à aimer toutes les saisons . Il y a 35 ans je préférais l’été car il me semblait ramener la « vie »sous forme de bruit , de distraction ,d’agitation et de mouvement.

Puis peu à peu , j’ai préféré les mi-saisons ( printemps et automne) parce qu’elles étaient des saisons transitionnelles, le printemps accompagnant la sortie d’hiver ,préparant l’été aux changements à venir et inversement réciproque à l’automne . Des saisons humainement plus douces et également plus contrastée, variables et imprévisibles sur le plan météorologique .

Et puis un jour j’ai commencé à aimer vraiment l’hiver , sa rudesse, son désert humain , son froid , ses restrictions et son immensité solitaire .

Aujourd’hui je continue à aimer la plus austère de toute en apparence car elle m’oblige à trouver des ressources en moi. Elle aiguise ma capacité d’émerveillement. Elle développe mon autosuffisance. Elle dynamise ma créativité .

Bref , la vie et les saisons transforment un même territoire en un autre pays et

chaque année apporte son lot de découvertes .

Je n’en suis qu’au second chapitre de ce livre dont j’apprécie la justesse de l’analyse sur bien des points .

Sauf un, me semble-t-il, parvenue à cette limite : le point de vue , de vie des autochtones.

Même si ce terme est à définir , c’est ainsi que l’on nomme par exemple les corses qui vivent à l’année sur l’île .

Quand le second chapitre est introduit par cette citation : « Qui n’a pas quitté son pays est plein de préjugés  » j’ai un peu de peine .

J’ai trois enfants . Ils ont de 34 à 21 ans . Ils vivent au village , y bâtissent leur famille et leur vie , dans le prolongement de l’éducation qu’ils ont reçue , faite de respect, de transmissions ,de devoirs, d’engagement , de responsabilité, de bien-être, de solidarité ,de fraternité ,de conflits et de réconciliations , de protection et d’amour de la nature et des autres …

Ils ont un peu voyagé. Même s’ils apprécient d’explorer d’autres territoires, ils n’envisagent pas le nomadisme comme une ouverture nécessaire à leur esprit .

Ils se retrouvent plus dans une citation telle que «  Ne partez pas en vacances, restez-y  !  » de Toulouse-la-Rose (2008).

Je n’ai pas fini cet ouvrage et j’espère y lire cet ultime perception , celle d’un David Henry Thoreau qui a élargi le territoire de son âme en voyageant dans un tout petit bout de terre .

Je me sens si proche de cette approche . Je suis de celle qui voyage à la verticale et non à l’horizontale. Je creuse autour d’un point comme d’autres cumulent et collectionnent les points .

Un brin d’herbe est l’habitant d’un pays . Le rocher son voisin . La feuille morte m’apprend à vieillir avec grâce aussi bien et voir mieux que bien des vieilles dames croisées sur ma route.

J’explore mon petit espace à la lueur de mon imagination inspirée par la beauté des lieux autant que par ceux qui y vivent , par l’histoire et la culture .

C’est une forme de nomadisme sédentaire . Sauf que mes kilomètres sont des centimètres .

Je me sens riche, ouverte , ancrée . Je m’émerveille chaque jour de nouvelles découvertes . Trouver le bleu de la mer autrement bleu chaque jour est source de joie .

Je n’éprouve pas le besoin de partir , le manque d’ailleurs ni la peur de l’autre. Quand je visite des coins proches de quelques kilomètres de mon village , je les nomme « un autre monde » car j’ai conscience qu’il me faudrait également une autre vie pour explorer avec attention ce nouvel espace tant je sais que je n’ai pas fini le tour du mien que j’arpente pourtant depuis si longtemps.

J’ai ouvert cette parenthèse avant d’avoir fini cette lecture parce que je ne me sens pas l’âme immobile et figée, parce que je n’éprouve pas le besoin d’avaler des kilomètres et de consommer des voyages pour me sentir vivante et heureuse .

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